Gorge-de-Loup

Gorge-de-Loup

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Grève à la Rhodiaceta

La Rhodiaceta de Vaise occupée

 

Photographie envoyée par Danielle. Mai 68, BML, P016309172 © Réné Basset

Danielle M.

Gorge de Loup, quartier de mon heureuse enfance

Naguère tellement éloigné du centre que, petite fille née en 1940, je pouvais me croire dans un village !

Sur cette photo, on remarque le grand groupe d’HLM construits en 1934, très semblables à ceux de Tony Garnier, et toujours existants à ce jour. Ils ont été érigés en vue de loger les nombreux ouvriers de la Rhodiacéta mais abriteront aussi des familles de cheminots, de traminots, d’ouvriers décolleteurs, métallurgistes, d’artisans.

Dans les cours, où l’herbe pousse par endroit, les enfants joyeux et insouciants jouent aux billes, à la corde à sauter, aux osselets, à la balle au mur, à la marelle. Dans la rue, très peu fréquentée, se déroulent les parties de ballon prisonnier. Le côté B de la rue Louis Loucheur est le côté commerçant : boucherie, boulangerie, laiterie, pharmacie. Plus tard, les lignes OTL 2 et 3 la desserviront. Devant les fenêtres des premiers étages du côté B, sur un plateau légèrement en surplomb - sans doute créée par le remblaiement des ruines des anciens abattoirs dont on devine quelques vestiges dans le talus – se trouvent de coquets jardins ouvriers et leurs petites cabanes. Du temps des abattoirs subsistent le café du Tonneau et, surtout, la Cour des Miracles.

Sur ce plateau, existent surtout les trois écoles primaires (maternelles, filles, garçons) - constructions soit disant provisoires (éléments en tôle remplis de sable) qui survivront jusqu’en 1958 - et leurs cours ombragées par d’énormes platanes. Au premier plan de la photo, il existe un terrain vague ; plaine de jeux, eldorado d’aventures, territoire d’indiens et de cow-boys. Parfois, un cirque vient y installer son chapiteau coloré et les chameaux, chevaux, poneys, chèvres savantes et autres animaux y paissent. De temps à autre, La Commune Libre anime joyeusement le quartier avec le défilé de la clique et des courses cyclistes. La campagne est à nos portes. On voit des vaches dans les prés de Chamvert. La colline, derrière l’usine Rhodiaceta, est couverte d’une mosaïque et jardins ouvriers changeante avec les saisons. Un ruisseau alimente une cressonnière. Les sabots des chevaux trainant les carrioles de livraison résonnent sur les pavés de l’Avenue Joannès Masset bordée de platanes.

Venus de la Gare Saint-Paul, et sortant d’un tunnel, les grosses machines à vapeurs, les michelines, les trains de marchandises desservaient notre petite gare SNCF, aujourd’hui disparue.